Ecobank : Ade Ayeyemi, le chasseur de coûts d'Afrique de l'Ouest

Admin 19 May 2022 Eco-actualité Vue 54

 


Il est l'un des banquiers les plus influents d’Afrique. Le Nigérian Ade Ayeyemi. PDG d’Ecobank, va quitter ses fonctions cette année à l’âge de soixante ans, après avoir redressé à la force du poignet un établissement qui était mal en point à son arrivée, il y a sept ans. 


Ade Ayeyemi est ce que l’on appelle, dans le monde de l’entreprise, un « cost killer » ou chasseur de coûts. C’est en raison même de sa capacité à remettre les trains qui ont déraillé sur la bonne voie qu'Ade Ayeyemi avait été choisi en 2015 par les actionnaires d'Ecobank pour diriger leur groupe. Benoît Chervalier, banquier d’affaires et enseignant à Science Po Paris, connaît bien Ade Ayeyemi. « Il fallait un profil qui n’était pas un profil de communiquant, qui n’était pas un profil – j’oserais dire – de développeur, mais un profil qui allait remettre à la fois la banque sur les rails, par une rationalisation du crédit, par sans doute quelques agences qui devaient fermer et des licenciements qui en ont découlé, mais c’était la condition sine qua non pour remettre la banque à flots. »

Des mesures radicales dès son arrivée à l'Ecobank

Ade Ayeyemi est alors un transfuge de la Citibank américaine, où il a passé l’essentiel de sa carrière, et lorsqu’il prend les rênes de l’Ecobank, il découvre un établissement miné par les querelles, alourdi par les créances douteuses (un milliard de dollars quand même !) et à la rentabilité en berne. À peine installé, il prend des mesures radicales, ferme des agences, licencie un cinquième du personnel et réorganise le groupe autour de trois métiers. Comme il s’en expliquait il y a trois ans au site britannique The Banker. « Nous avions compris qu’il nous fallait avec nous les grandes entreprises, les gouvernements et les institutions financières pour être en mesure de faire avancer l’économie. Donc maintenant, notre stratégie repose sur trois piliers. La banque d’affaires et d’investissement, la banque commerciale et la banque de détail. » Ade Ayeyemi est un homme qui a son franc-parler. Lorsqu’on lui reproche par exemple de ne pas prêter suffisamment aux entreprises, le PDG d’Ecobank devient cinglant. Il répond ici à notre correspondant à Lomé, Peter Dogbe : « Le défi que nous avons ici en Afrique, c’est que les gros hommes d’affaires sont ceux qui empruntent mais qui ne remboursent pas. Et quand ils ne remboursent pas, ils rendent difficile pour les autres l’accès au crédit ».

Des qualités de diplomate

Derrière ce management à l'américaine, donc parfois brutal, il a su préserver l'identité d'Ecobank. Et lorsque Peter Dogbe lui demande ce qu’il pense de l’attitude des grandes banques internationales qui depuis plusieurs années quittent le continent, Ade Ayeyemi brandit aussitôt l'idéal panafricain qui est en quelque sorte l'ADN de cette banque créée il y a trente-sept ans. « Elles ne devraient pas se désengager. De façon générale, je n’aime pas voir partir les gens. Mais s’ils partent, nous ne pouvons rien y faire. Tout comme l’Ecobank, moi je ne peux pas partir ! Nous n’avons pas d’autre endroit où aller, l’Afrique est notre maison. Et c’est à nous de construire ce continent. C’est à nous de le rendre attractif pour tous ceux qui veulent venir ici et se joindre à nous. » Reste une question : cet homme qui a sauvé Ecobank d’un destin funeste fut-il un grand PDG ? Benoît Chervalier tente d'y répondre. « Je dirais que c’était un bon dirigeant, ce n’était peut-être pas un grand dirigeant, dans le sens où la banque n’a pas changé d’échelle. La banque a en effet rationalisé. Elle reste un leader sur le financement en particulier des PME et des ETI. Elle a un certain équilibre entre l’Afrique de l’Est et de l’Ouest. Mais un certain nombre d’éléments structurels demeurent. C’est-à-dire, d‘une part l’absence en Afrique du Nord et en Afrique du Sud. Ecobank reste d’une taille moyenne par rapport à ses concurrents africains et reste une petite banque par rapport à ses concurrents internationaux. » Difficile d’être à la fois un redresseur de comptes et un visionnaire. Néanmoins, Ade Ayeyemi a su préserver l’avenir d’une banque classée dix-septième au niveau continental mais première dans la zone Uemoa, l’ex-zone franc d’Afrique de l’Ouest.

Avec rfi.fr









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